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Morrigan, la petite souris

 
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Morrigan Séafra
Guerrier(re) du forum


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MessagePosté le: Sam Mar 01, 2008 12:45 am    Sujet du message: Morrigan, la petite souris Répondre en citant

*** Parfois le hasard fait bien les choses ; parfois il créé des destins et façonne des royaumes. Mais en ce qui concerne Morrigan, le destin n'a rien à y voir.

Une fois n'est pas coutume pour les aventuriers, notre petite souris eut une enfance relativement normale. J'entends par là qu'elle connut ses parents, qu'ils ne la battirent pas plus que nécessaire et qu'aucune horrible tragédie ne changea le cours de sa vie en l'espace d'une journée. Cela dit, en y regardant de plus près, certaines petites choses peuvent tout de même paraître étranges...

Morrigan naquit et grandit à Bratal, près de Véran. Pas tout à fait un trou perdu, mais pas non plus à proprement parler une ville digne de ce nom. De toute façon, la petite fille ne vit pas grand-chose de l'endroit où se trouvait sa maison avant sa quinzième année ; les hauts murs d'une riche propriété bornèrent son horizon la plus grande partie de sa vie. Rien de bien terrible là-dedans : quand on n'a pas connu une chose, on n'en manque pas. Pour elle, les grands arbres du parc et l'immense bibliothèque de la demeure étaient à eux seuls le monde. Une fois, et une fois seulement, elle demanda à sa mère ce qu'il y avait au delà des murs. Ce fut pour s'entendre répondre :***

"Rien qui ne doive te préoccuper pour l'instant, ma chérie. Dehors, nous ne serions pas en paix. Ton père... ton père n'y aurait pas sa place."


*** Son père ? Morrigan le connaissait mal. C'était un être distant et silencieux, bon, mais sans réel intérêt pour l'éducation d'une petite fille. Sur ce point comme sur tant d'autres, il ressemblait si peu à sa mère qu'ils auraient aussi bien pu être de deux espèces différentes. Mais bien entendu, l'enfant était trop jeune pour se faire ce genre de réflexion. Elle aimait donc son père comme lui l'aimait : de loin.
Avec sa mère en revanche, les liens étaient plus forts. En effet, c'était elle qui offrait à la petite Morrigan tous les aspects de son éducation. Et celle-ci était fort complète : sa mère tenait visiblement à ce qu'elle acquiert toutes les facettes qui feraient d'elle une jeune femme accomplie, dans tous les domaines.

Très vite pourtant, il apparut évident que l'enfant n'avait pas de don particulier pour les activités physiques. Elle était aussi douée à la course ou à la nage qu'elle était physiquement résistante, mais là encore rien d'exceptionnel. En revanche, sa mémoire et ses dons artistiques faisaient l'admiration de tous. Elle chantait, contait et jouait de la musique avec autant de talent ; mais par dessus tout, c'était une petite rouée... Discrète et souple, elle se glissait dans les recoins les plus improbables pour surprendre des conversations qui ne la concernaient en rien. Et quand -rarement- elle se faisait prendre, ses grands yeux et son babillage persuasif lui évitaient en général la punition qu'elle aurait mérité.

Etrangement, sa mère semblait plutôt l'encourager dans cette voie. Oh, pas officiellement ! Mais son sourire discret quand on lui rapportait les frasques de sa fille était un compliment implicite.
Et la vie de Morrigan suivait ainsi son cours, gaie, studieuse et gentiment immorale.

Or il advint qu'un jour un vieil homme rendit visite à ses parents. Aucun d'eux trois, ce jour-là, n'aurait pensé que la gamine de quinze ans pousserait le vice jusqu'à se nicher dans les poutres de la grande salle pour écouter la conversation. Bien entendu, ce fut le cas. Mais Morrigan fut déçue dans son attente : la langue que parlèrent ses parents et le vieil homme ne faisait partie d'aucune qui lui ait été enseignée. En revanche, ce qui ne passa pas inaperçu à ses yeux fureteurs, fut la grande déférence avec laquelle le visiteur était traité par ses hôtes.
Quand ils la convoquèrent, quelques heures plus tard, l'adolescente se présenta en arborant son maintien le plus modeste, les yeux pudiquement baissés. Sur la demande de sa mère, elle joua et chanta, récita un conte en une langue depuis longtemps oubliée, bref fit une démonstration exemplaire de ce qui lui avait été enseigné. Mais quand elle jeta un regard au vieil homme, elle constata qu'il restait de marbre, arborant même une petite moue de mépris. Ravalant son dépit, Morrigan dissimula de son mieux ses sentiments et lui opposa un visage indéchiffrable. Etrangement, cela sembla davantage satisfaire son interlocuteur, et un petit sourire se peignit sur le visage ridé.

Quand il se leva pour partir, l'étrange personnage posa une dernière question, incompréhensible pour elle, à ses parents :***

"Et... quant à ce que nous attendions ? Rien, n'est-ce pas ?
- Pas encore, Seigneur,
répondit sa mère. Mais nous avons bon espoir que...
- L'espoir est la monnaie des faibles, Eiréann. Ne t'ai-je rien enseigné ?"


*** Et tandis que sa mère baissait honteusement la tête sous la repartie cinglante, il tourna les talons et s'apprêta à sortir. Toutefois, sur le seuil de la porte, il lança sans se retourner :***

"Eh bien ? J'attends, enfant."


*** Sans comprendre, Morrigan se retourna vers ses parents dont le regard semblait soudain s'être fait plus vif, comme si un nouvel espoir naissait. Sa mère s'approcha d'elle et la poussa sans ménagement vers la sortie.***

"Tu vas avec lui, Morrigan.
- Quoi ?? Mais, mère...
- Pas de question, ma fille ! Souviens-toi de ce que je t'ai enseigné, et souviens-toi aussi de tout ce que je ne t'ai jamais dit. Ne l'oublie jamais : ce qui n'est pas dit vaut autant que ce qui est gravé dans le marbre. Va, obéis-lui en tous points, et fais-nous honneur."

*** Et les lourdes portes se refermèrent sur la gamine, tétanisée. Déjà le vieil homme s'enfonçait dans la foule bigarrée de Bratal. Surmontant son désarroi et sa terreur du dehors, elle se précipita à sa suite.

Ce fut pour Morrigan le début d'une nouvelle vie. Là où l'emmena celui qui devait devenir son maître, elle cohabitait avec une vingtaine d'autres jeunes de son âge. Certains étaient visiblement de son milieu, mais d'autres provenaient de toute évidence des couches les plus basses de la société. Tous ne recevaient d'ailleurs pas les mêmes cours, ni même n'en recevaient forcément. Quant à elle, il lui fut demandé de travailler d'arrache-pied pour devenir barde. Aucun domaine poétique ou musical n'était laissé au hasard, pas plus que la danse ou même le combat à la dague -elle y était toujours aussi médiocre. De plus, tout comme là où elle avait grandi, une part importante de son temps était dédiée à des enseignements plus... officieux. Seule ou en compagnie de ses compagnons, Morrigan perfectionna ses talents de filou. Sa petite taille et sa carrure frèle lui permettaient de se glisser dans les plus petits interstices et de se faire discrète comme une ombre ; par ailleurs, allez punir une petite chose si fluette qui vous regarde avec de grands yeux apeurés... Elle gagna ainsi le surnom qui ne devait plus la quitter : celui de "petite souris".

L'adolescente se jeta à corps perdu dans cette nouvelle vie, si séduisante. Très vite, elle fit connaissance des tripots les plus mal-famés du port et de la vieille ville, se familiarisa avec le jeu et les beuveries. Mais tout cela coûtait cher, et leurs maîtres n'accordaient nulle monnaie à leurs protégés... Aussi, Morrigan apprit-elle rapidement à payer sa consommation en chantant dans les bars des chansons paillardes, ou des complaintes romancées dans les cours des seigneurs. Mais plus que tout, elle comprit bientôt que ce qui se vendait le mieux, c'était l'information...

Cependant, le jour approchait où cette vie devait prendre fin. Déjà, la jeune fille n'avait plus rien à apprendre de ses maîtres de chant et de musique ; elle avait d'ailleurs lu dans son entier la considérable bibliothèque de l'endroit. Quant aux autres "aptitudes" qui leur étaient implicitement demandées, elle surpassait aisément la majeure partie de ses compagnons.
Aussi, quand son maître la fit mander, c'est en toute confiance que Morrigan se présenta dans son bureau. Elle devait déchanter très vite... En effet, le vieil homme acariâtre était peut-être plus mal luné encore ce jour-là qu'à son habitude -ce qui n'était pas peu dire. Et le tour que prit la conversation ne présageait rien de bon pour la jeune fille...***

"Je t'ai fait venir pour te dire que tu vas partir.
- Partir, maître ? Mais...
- Oui, partir ! Mais sans doute pas comme tu l'avais espéré, enfant inculte et sans talent ! Je te chasse, entends-tu ? A partir de ce jour, tu cesseras de profiter de la générosités de nos maîtres. Va gagner ton pain, ou plus probablement le mendier dans la rue ; je m'en lave les mains. Ah ! Tu te croyais sans doute très talentueuse, n'est-ce -pas ? "Petite souris..." Un petit rat sans envergure, voilà ce que tu es ! Nous n'avons pas l'utilité d'une idiote aux mains gourdes, à la voix fêlée et à l'esprit lent. Allez, dehors ! Demain, à la première heure, tu quittes cet endroit."


*** Morrigan salua et s'exécuta, sans un mot, les dents serrées.
Mais tout ne se passa pas comme prévu... En effet, vers la fin de cette même après-midi, le vieux maître fut surpris chantant à son balcon, ivre mort entre deux putains, et nu comme au jour de sa naissance ! Ainsi, quand il parut au repas du soir, les balbutiements incohérents par lesquels il prétendit venir seulement de se réveiller après une longue sieste furent couverts par les rugissements de rire des élèves.
Seule dans l'assemblée, Morrigan n'arborait qu'un sourire narquois.

Il ne fut évidemment plus question de la renvoyer ; le maître n'avait sans doute plus toute sa tête quand il avait ordonné cela.
En revanche, elle fut convoquée le lendemain même par un homme de haute prestance qu'elle avait entrevu une ou deux fois seulement. Son visage arborait une expression amusée, tandis qu'il fixait en silence l'adolescente, impassible. Au bout d'un long moment, il finit par lancer :***

"Cela s'est finalement manifesté, n'est-ce-pas Morrigan ?"


*** Sans répondre, elle se permit un sourire discret. Oui, cela s'était manifesté. Et depuis longtemps déjà. Ces gens avaient voulu lui enseigner la dissimulation ? Peut-être, alors, ne fallait-il pas s'étonner si elle s'était montrée meilleur élève qu'elle ne l'avait laissé voir...

Il hocha la tête d'un air entendu, et lui raconta tout.
"Tout", c'était l'histoire de sa naissance. Il lui expliqua que ses parents tout comme ses maîtres avaient dédié leur vie à une organisation aussi puissante que souterraine. Leur mariage avait été arrangé par leur hiérarchie, dans l'espoir de produire... elle. Une métis. Une hybride d'humaine et de Döppelgänger. Une métamorphe. Toute sa jeunesse, toute son éducation l'avaient préparée à servir à son tour ces mêmes maîtres. Et elle avait dépassé toutes leurs attentes.
L'adolescente écouta sans un mot le récit de son existence ; et quand ayant eu fini de parler, il lui posa une question, elle acquiesça d'un hochement de tête.

Le lendemain, la jeune barde quittait Bratal vers une destination inconnue, avec pour tout bagage une flûte et un balluchon. Une tâche lui avait été confiée, elle allait la remplir.
Et bientôt, Morrigan saurait qui étaient les maîtres qu'à son tour elle se préparait à servir...***
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1m56, maigre, 21 ans / Barde / Demi-Döppelgänger (lvl 2)

"Que craignez-vous, ma dame ?
_ Une cage. Rester derrière des barreaux jusqu'à ce que l'usure et l'âge les acceptent et que toute forme de courage ait disparu irrévocablement."
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Sasquatch
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MessagePosté le: Dim Mar 02, 2008 12:27 am    Sujet du message: Répondre en citant

Un magnifique Background, sans doute l'un des plus beaux que tu aies écrit, ce qui n'est pas peu dire. Franchement, ça se rapproche de ce que fait Robin HOBB. Ravi de l'arrivée de cette petite souris que je suis plus qu'impatient de voir jouer.
Du coup, j'ai envie de réécrire mes Backgrounds...
_________________
En résumé... :

Alors, je suis un Marche-Branche sauvage devenu Baron richissime, puis l' Elu du Dieu de la Terre, et depuis que je suis mort, je fais 28 ans, et plus 16... Vous comprenez rien? Pas grave...

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