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Journal de bord n°4 d'Apollonia Mars: l'ile sans nom

 
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MessagePosté le: Lun Juin 19, 2006 5:44 am    Sujet du message: Journal de bord n°4 d'Apollonia Mars: l'ile sans nom Répondre en citant

Journal de bord d'Apollonia Mars:

Eibina, le dimanche 22 Août de l’an 13004:

Des héros au repos ne sont finalement que de pauvres bougres, à peine différentiables d’ivrognes quand ils errent dans les tavernes de leur bourgade. Tous, non, car moi, par exemple, suis à part… Mon allure princière en dit long sur ma personnalité et mon devenir… Cela dit pour mes malheureux compagnons, une journée sans danger et ils deviennent ventripotents, grivois, et ivrognes… Willard, peut- être se distingue un peu (pas tant que moi) de part le fait d’être un usager de la magie… Quoi que sa magie se nourrisse de vilenie tandis que la mienne est toute de majesté… Pourquoi ai- je parlé de ça ? oui, bien sûr, pour dire que finalement, les héros sont des gens ordinaires… sauf moi.
Nous étions donc à la taverne de notre cher village, je chantais de ma voix de rossignol, enchanteresse, comme à mon habitude, quand, entre deux tonnerres d’applaudissements, mon oreille fine et délicate a entendu du bruit à l’extérieur. D’un bond, je me levai, repoussai mes admirateurs : pas de tant pour la gloire. D’un œil je signalai à mes compagnons une anomalie… Bouba, alerte comme à l’accoutumée était déjà prêt et frémissant comme un jeune chiot. Sans un mot, nous nous dirigeâmes tous vers la sortie. Mais dehors, la milice nous fit rempart. Un jeune capitaine, assez joli garçon nous accusait d’être à l’origine de l’enlèvement du gouverneur de Véran. Tout d’abord, je crus que mon œillade charmeuse avait pétrifié le pauvre garçon… Mais je m’aperçu rapidement que toute la milice était statufiée… Et mon seul charme n’en était pas la cause… Je vis dans ce signe la magie que je connais. ( Bien loin de posséder de tels pouvoirs pour le moment mais sachant que tôt ou tard, je les surpasserai…) Je n’eus pas loisir d’examiner de plus près ces fait car brusquement, une faiblesse extrême m’envahit… Ce fut dans cet état que moi- même, Willard et deux autres pauvres innocents fumes enlevés. Je perdis connaissance non sans avoir noté que les bras qui me portaient, à moi et un jeune freluquet nommé Rabinou, étaient d’une grande puissance viril. Je me laissai aller à des rêveries érotiques en telle compagnie. Se pourrait-il qu’un roi, mage et serviteur des Dieux ait eu vent de ma modeste personne et m’ayant entendue chanter et vue par la suite, ait décidé de me faire sienne ? Mais dans ce cas, pourquoi enlever mes amis ? Pour me forcer à me plier à ses volontés ? D’hors et déjà, je lui étais acquise… Ne m’avait- il pas arrachée au bras de la cruelle milice, se rendant criminel pour moi ?


Ile sans nom, le Lundi 23 Août de l’an 13004:

Mon réveil m’a fait oublier mes rêveries d’hier… J’étais dans une cage, transparente, entièrement vêtue. D’ailleurs, mes vêtements gardaient encore les relents de la taverne. En face de moi, dans une cage similaire le pauvre Willard avait rendu son dîner de la veille. La peur sans doute… Pauvre chérubin. Un ignoble personnage aussi laid que possible s’introduisit soudain dans sa geôle, il saisit mon pauvre protégé sans ménagement. Je bouillais de colère et ne pouvais manifester ma rage : dans cette cage, ma magie était sans effet… Je le vis passer à ma hauteur avec un tel désespoir dans le regard que mon cœur se serra à m’en faire pleurer… Mais il valait mieux que ce soit lui que moi. Seule la survie compte quand les rires des titans vous chatouillent les tympans…

Quand quelques heures après, il le jeta de nouveau dans sa cage, je compris qu’il avait subi les derniers affronts et les pires préjudices possibles. Mais il avait, malgré ses vêtements déchirés, un visage béât qui laissait imaginer que sûrement, il avait trouvé quelque réconfort au-delà de la violence qui lui avait été faite.

Plus tard, c’est nous quatre que des sauvages vinrent chercher. Furious, moins joli garçon que son demi frère Willard gardait un visage plein de haine et d’arrogance. Un peu comme moi, mais moins digne car ses mains et sa bouche étaient encore souillés de ses propres excréments avec lesquels il avait joué, comme d’habitude. Pour ma part, bien que très affaiblie, je marchai droite comme un « i » et le plus calmement possible. Willard, comme je m’en doutais déjà tenait à peine sur ses jambes. Mais la mine gourmande qu’il affichait m’inquiétait bien plus que son état de faiblesse générale. On nous mena dans une grande salle où quatre immenses fauteuils nous attendaient. On nous y fit asseoir. Là encore, ma dignité et mon charisme me donnaient l’air d’une reine. Ce fut sans doute ce qui fit s’approcher de moi mon kidnappeur de la veille. Ses yeux d’un brun profond me contemplèrent un moment amoureusement, mais je ne pouvais toléré la préférence évidente qu’il avait manifesté à Willard et lui crachai en plein visage. Il abattit sur mon crâne un curieux globe et je sombrai dans une torpeur délicieuse.

Je repris mes esprits et je ne peux affirmer qu’il s’était écoulé un jour ou un siècle mes camarades avaient ôté le globe de mon crâne et je revis avec soulagement le visage bienveillant de mon ancien esclave. Alors qu’ils achevaient nos geôliers je sentis monter en moi une puissance jamais éprouvée. Nous fîmes ensemble le tour du castel où nous avions été prisonniers et où soudain je me sentis comme chez moi. Nous décidâmes d’en faire une base.

Les autres m’ont de suite raconté l’histoire incroyable de notre délivrance, mais ne m’attachant qu’à la stricte réalité et les connaissant un peu mégalomanes et assoiffés de gloire, je n’en ferai pas état ici… Quant à ce qui est arrivé à mon triste compagnon Willard, je ne leur en parlerai pas, non plus : ce secret nous lie à présent et je saurai me taire pour lui démontrer mon amitié indéfectible…
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