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Les contes et légendes d'Océania

Il existe des milliers de contes et légendes liant les régions, les monstres et les héros d'Océania. Certaines n'ont aucun fondement mais d'autres ne sont que le pale reflet d'une réalité bien plus atroce. En voici quelques uns...


Contes et légendes d'Océania: Mishak l’alchimiste, fou ou génie?

En des temps reculés, Mishak était un alchimiste de grand renom, mais également connu pour sa mégalomanie, son égocentrisme et surtout ses inépuisables richesses. Aurait-il découvert la pierre philosophale ? Nul ne le sait, mais les plus folles rumeurs circulaient sur sa richesse, entraînant certains pillards et voleurs au passage à l’acte.

Aussi un beau jour, las de toutes ces intrusions dans sa tour, Mishak scella t-il cette dernière et parti en quête. On raconte qu’il voyagea 138 jours durant, à la recherche d’on ne sait trop quoi. Toujours est-il qu’il revint par une sombre nuit d’hiver, accompagné par une sombre forme, enveloppée dans un manteau informe et cachant totalement son aspect. A partir de ce jour, des bruits inquiétants commencèrent à s’échapper de la tour, et les divers voleurs et pillards tentant leurs chances ne reparurent plus.

De temps en temps, Mishak sortait sur son balcon et hurlait sa rage au ciel. Mais quelle rage ? D’où venait-elle ? Et son acolyte, lui que l’on voyait roder la nuit en catimini, allant de-ci de-la, revenant toujours avec une forme emmaillotée dans un sac de toile, que faisait-il ? La triste réponse apparut lors d’une aurore de printemps, devant la porte de la tour.

Un homme fort, que certains reconnurent comme Kaelan, le forgeron du village voisin disparu depuis 3 nuits, sorti de la tour et se campa devant la porte de la tour. Ses jambes et ses bras, ainsi que son torse et son dos, étincelaient telle une armure au soleil au bout des rayons de soleil rasants. Il semblait déboussolé, marchant de manière asynchrone, titubante. Les villageois, horrifiés ou impressionnés pour certains, se rendirent devant la tour et commencèrent à lui parler. Ce dernier répondit par des borborygmes, puis expliqua laborieusement que l’acolyte sombre, Skaro, était un nécromancien.

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Ce dernier l’avait tué, puis emmené à la tour a la faveur de la nuit. Ensuite, il s’était réveillé amputé de ses bras et de ses jambes, par quelque noire sorcellerie. Mishak lui avait greffé ce que tous pouvaient voir maintenant, des membres composes de métal. Il devait servir de cerbère décervelé pour protéger ce fou de Mishak, lui puis plein d’autres ensuite, grâce à sa force surhumaine.

Fous de rage, les villageois amenèrent du bois et de l’huile, et brûlèrent la tour malgré nombre de leurs pertes. Cependant, tous virent et entendirent Mishak se précipiter hors de sa tour, brûlant comme de l’étoupe et subissant son juste châtiment.

Certains affirment tout de même avoir vu une forme sombre s’enfuir dans la nuit, portant avec elle un grand livre…


Contes et légendes d'Océania: Le guerrier orc

A la fin d'une longue journée de route vers Nortskote, une caravane de familles s'arrête pour laisser les chevaux se reposer. Les roues des chariots se figent, et les hommes préparent un campement au milieu des femmes et des enfants se dégourdissant les jambes. La forêt environnant le sentier était si calme, si tranquille. A un tel point que les oiseaux eux même ne chantaient pas, seuls les cris des bambins cajolés par leur mère, et l'énergie qu’avaient les enfants à courir en tous sens perturbaient cette quiétude. Quand un des hommes se rendit compte de ce calme, et leva les yeux vers la lisière, il était trop tard. Les orcs avaient lancé leur assaut, et dévalaient la pente vers les voyageurs. De leur tristement célèbre hargne, les orcs s'attaquèrent au campement sans aucune pitié, ravageant les femmes et saignant les enfants. Les hommes se défendirent avec toute la rage du désespoir, et tout ce qui leur tombait sous la main. Si bien que le groupe d'orcs, surpris par cette ferveur au combat venant de simples villageois, furent pratiquement décimés. Seul un orc survécu, le bras en sang, il acheva le dernier homme, le dernier père de famille, d’un vif coup de lame dans le buste.

Dans le silence de mort qui s'ensuivit, tandis que le soleil dérobait ses rayons face à ce massacre et que la nuit s’emparait des corps en déposant délicatement son voile noir sur le paysage, le survivant commença à fouiller les chariots. Il trouva une enfant, la seule encore en vie, au fond d'une carriole, sanglotant sans bruit, faute d'avoir eu don de la parole à la naissance. Elle devait avoir 7 ans environs, avait des cheveux noirs et de petits yeux ronds au moins aussi sombres. Au moment de l'envoyer rejoindre sa famille dans l’autre monde, les doigts du guerrier desserrèrent leur étreinte sur le sabre, et laissèrent tomber l’arme au sol. « A quoi bon ? » se dit-il. « Ce n’est pas elle qui me tuera aujourd’hui. » Il l’ignora, mangea et fit un feu où il laissa chauffer une barre métallique. Il s’en servit une fois rougeoyante pour faire cicatriser sa plaie sur le bras. Tendit que l’odeur de chair brûlée emplissait ses narines, et que l’orc serrait les dents pour ne pas céder à la douleur, celui-ci sentit une présence. Il virevolta prés à frapper et vit la petite fille, debout et immobile, lui tendant un bout de tissu. « Lâche ça gamine, et dégage. J’ai pas b’soin d’une môme sur les bras, et encore moins humaine. » Mais elle restait immobile, à le fixer, d’un regard vide d’expression. D’un geste de dépit, il lui arracha le bout de tissu des mains et le jeta au feu. Il se retourna et fixa les flammes un moment. Mais … la sentant toujours présente, il se tourna à nouveau et la vit avec un nouveau morceau de tissu. « Nom de … » Il lui prit le morceau des mains, et après quelques hésitations, le plaqua sur sa plaie. La fille ne bougea pas. « Qu’est ce que tu veux maintenant ? Laisse moi. » La fille restait figée. Le guerrier attrapa alors un bout de pain et lui jeta aux pieds, comme on donne de la nourriture à un vulgaire animal. Elle le ramassa, et vint s’asseoir près de l’orc pour le manger. L’orc, comprenant de moins en moins la réaction de cette enfant n’y prêta plus attention, et s’étendit sur le sol pour dormir. Mais un petit corps chaud, tout frêle, se blottit contre lui. Surpris, l’orc n’osa pas bouger, comme si un mouvement de sa part la briserait. Pourquoi ne la repoussait il pas ? Qu’est ce qui l’empêchait de lui trancher la gorge comme aux autres, il serait tranquille. Non, il ne le fit pas, il n’en avait pas l’envie, et peut être pas la force. Il s’endormit, elle aussi.

Au réveil, l’orc ne comprit pas ce qui lui arrivait, il se sentait comme habité d’un mal inexplicable, d’une douleur intérieur qu’il n’avait jamais ressentit auparavant. D’où lui venait ce malaise ? Puis il sentit le petit corps bouger contre lui, il comprit. Il devait s’en séparer au plus vite, un orc ne pouvait rester auprès d’un humain. Il décida de la ramener vers le village le plus proche. Entamant la marche, de petits doigts agrippèrent la grosse main du guerrier. Quelle étrange sensation que de sentir cette suprême douceur de la peau d’une enfant, sur un épiderme n’ayant pour habitude que l’agressivité des éléments et la fureur des combats. La main de la fillette entourait difficilement un seul doigt de l’orc, et ce dernier finit par la porter sur son dos pour progresser plus vite. Mais non loin de son but, il fut capturé par des villageois sans pouvoir réagir. Les événements s’enchaînèrent rapidement, on dressa sommairement un bûcher sur la place du village et il y fut ligoté. La petite fille était en pleur et se débattait dans les bras des villageois. Ils pensèrent tous qu’elle était encore paniquée par l’orc, et ne comprirent pas ses larmes quand ce dernier brûla silencieusement sur le bûcher. Pendant que les flammes dévoraient rageusement la peau du guerrier, et que les villageois lui jetaient des pierres en l’insultant, l’orc fixa la petite fille sans se soucier de sa propre mort. Une enfant pleurait l’assassin de sa famille, et un condamné prenait conscience qu’il ne regrettait pas sa fin.

Non loin de Nortskote, dans un petit village, se trouve une place où l’on retrouve chaque matin une rose. On raconte que c’est une fille qui l’apporte à la tombée de la nuit, en mémoire d’un proche sans doute …


Contes et légendes d'Océania: Le navire de Patte-en-bois

Il y a de cela une dizaine d’années, Patte-en-Bois était un pirate dont la renommée ne cessait de s’accroître, pillant et brûlant les navires esclavagistes. Sa méthode préférée était de libérer les esclaves et de leur livrer leurs tortionnaires, ou tout simplement leurs gardes-chiourmes. Il s’était ainsi forgé une réputation a travers les mers, et était entré en contact avec Les Révoltés, poursuivant les mêmes buts et offrant son génie naval, sa fortune en or sonnant et trébuchant pillé sur les navires esclavagistes mais surtout son navire et son équipage.

L’équipage était compose des pires canailles jamais portées par les océans, terribles, brutaux, sanguinaires, et surtout vouant une admiration et une loyauté sans faille a leur capitaine à la jambe de bois. Le navire, La Revanche, ressemblait de près à une frégate corvette, fine, racée, élancée, ses flancs parés de bouches d’où s’échappaient la mort par bataille, que tout capitaine de bateau esclavagiste avait appris à redouter. Sa figure de proue, une licorne, rasait les flots la tête penchée en avant, prête a embrocher tout inconscient s’approchant trop près de sa mortelle beauté. Cependant, tout marin averti et connaissant son affaire en navire voyait que quelque chose n’était pas naturel dans ce bateau.

Ainsi, Patte-en-Bois continua d’écumer les mers pendant un temps, finissant par avoir la plus grande prime jamais émise sur sa tête. Nul ne sut jamais ce qui s’est réellement passé ce beau jour de printemps, mais plus personne ne fut capable ou ne se vanta d’avoir rencontré le terrible Patte-en-Bois, plus aucune exaction de type désormais connu comme pattesque ne fut commise, des fois imitée mais jamais égalée.

Cependant, après une année ou deux, certaines rumeurs commencèrent a filtrer. Apparemment, même Les Révoltés ne savaient rien de lui, ou alors seulement les plus hauts placés, et gardaient le secret. Mais certaines personnes commencèrent à parler. A tort, à raison, nul ne le sait vraiment, mais pourtant tout ceci se sait maintenant de nos jours, tout du moins dans toute bonne taverne correctement fréquentée.

Selon Aaron l’ingénieur naval, Patte-en-Bois aurait réquisitionné son chantier pour une durée de 3 mois, les ouvriers uniquement composés de son équipage et les autres gardant sévèrement le chantier. Nul ne sait ce qu’il se passa, mais tout le monde, ou au moins tous les bons marins qui ont vu La Revanche savent bien qu’il court les mers comme nul autre. Et sa figure de proue, transperçant n’importe quelle matière. Et sa coque, résistant ou évitant les boulets. Nul n’a jamais réussi à toucher La Revanche, certains disent que c’est dû au génie de Patte-en-Bois, mais pas tous….

Du cote des Révoltés et de certains esclaves ayant quelques contacts avec le monde extérieur, on parle d’une île, perdue au milieu des zones ravagées par les tornades et les tempêtes, pourtant paradisiaque, où la nourriture est abondance, les femmes nubiles et gourmandes, le temps beau à souhait et la nature accueillante. Suite à ces rumeurs, de nombreux aventuriers partirent à sa recherche, certains pour la gloire, d’autres pour l’aventure et la majorité pour le butin fabuleux de Patte-en-Bois et la prime sur sa tête, toujours valide. Nul ne revint jamais.

Tempêtes ? Tornades ? Tourbillons ? Récifs ? Simple naufrage ? Ou alors tués tous jusqu’au dernier par La Revanche, protégeant l’Ile aux Mille Délices !


Contes et légendes d'Océania: Fou Mestal l'alchimiste

Mestal Lenden avait toujours été un garçon timide et renfermé. La simple perspective de dévoiler ses sentiments et d’ouvrir son cœur à son entourage lui serrait le ventre au point de lui donner la nausée, si bien que tous les jeunes de son âge l’avaient surnommé « le fou mestal ». Sa mère avait longtemps songé à une forme d’autisme passager lié à la récente disparition de son père ; mais Mestal, lui, avait conscience du mal qui le rongeait, de cette soif inextinguible de pouvoir qu’il éprouvait en permanence depuis son plus jeune âge. Il savait qu’il était un être particulier, une sorte d’entité dont le destin dépassait l’entendement humain.

Après avoir longtemps imposé sa volonté aux animaux bar le biais d’expériences dérangeantes (compte tenu de son jeune âge) à l’insu de sa mère dans la cave du domicile familial, il entreprit d’interagir avec la matière inerte. En effet, son incapacité à communiquer convenablement avec le genre humain le frustrant au plus haut point, il se devait d’assouvir sa soif de pouvoir sur autre chose. Combien de fois était-il resté des heures entières à bander sa volonté en direction d’une chaise, attendant patiemment une quelconque influence de son esprit ?

N’étant pas doté de pouvoir comme certains habitants d’Océania, ce n’est qu’après de nombreuses années d’abnégation et avec l’aide de l’alchimie qu’il parvint à ses fins. Bien loin de rechercher l’immortalité comme bon nombre d’alchimistes, Mestal convoitait uniquement le pouvoir afin de mettre fin à sa frustration. Se terrant dans les égouts de Pandémonia et avec l’aide de sombres maudisseurs, il réussit finalement à quantifier et à manipuler la volonté des êtres vivants. Dès lors, Mestal était capable d’extraire cette énergie qu’il avait appelé le volundè et de la canaliser à travers un collier de pierre noire qu’il portait en permanence autour du cou. Ce faisant, il décuplait ses facultés mentales et était à présent doté de dons de télékinésie relativement puissants. La matière inerte était alors sous ses ordres.

Sachant pourtant commander les objets, il restait encore une cible sur le tableau de chasse de Mestal : l’Homme. Mais le volundè que les animaux étaient capables de lui fournir n’était pas suffisamment puissant, seul l’âme humaine s’avérait être une ressource convenable. Il décida alors d’ouvrir une armurerie alchimique en vantant les mérites de créations uniques liées à l’esprit de leurs propriétaires. Profitant de l’aveuglement de ses clients, Mestal leur subtilisait leur volundè en prétendant que cela était nécessaire à la création d’une arme personnalisée puissante. Mais si Mestal réalisait effectivement cette prouesse alchimique, il n’en subtilisait pas moins définitivement la volonté des malheureux. L’accumulation de volundè le rendait à présent apte à influencer ses semblables sans mêmes leur adresser la parole.

Cependant, Mestal s’était montré un peu trop sur de lui. Pour cause, ses diableries n’échappèrent pas aux fidèles des fondateurs et une délégation de chasseurs de titanides fut aussitôt envoyé depuis la ville d’Elidalandor pour mettre fin à ces exactions dignes des plus fourbes titanides. Malheureusement, personne ne fut capable de résister au récent « charisme » de Mestal, si bien qu’il ne fut jamais condamné pour ses crimes et qu’il disparut du continent sans laisser de traces.

De nombreuses années plus tard, le compte de Santa Esperanza, éminent et oh combien charismatique leader, fut atteint de schizophrénie et ses fréquents dédoublements de personnalité le poussèrent à se donner la mort en se jetant du haut d’une falaise. Son corps fut retrouvé sur le bord du rivage ; il ne laissa derrière lui qu’un collier de pierre et une simple lettre avec ces quelques mots « Souvenez vous des erreurs du fou Mestal… ». Nombreux sont ceux qui attribuèrent cette ultime excentricité à sa maladie…

Il est dit que certains alchimistes auraient poursuivit les travaux du « fou Mestal l’alchimiste » après avoir découvert un collier et des armes aux propriétés alchimiques inédites; et qui sait si certains des plus appréciés dirigeants d’Océania n’auraient pas quelques notions d’alchimie…


Contes et légendes d'Océania: Le shaman orque

Guntrak, jeune orque des déserts d'Aridia, n'a jamais eu une vie facile. Né albinos, il a été abandonné dés son plus jeune age par ses frères. En effet, l'albinisme est considéré comme une malédiction par les orques et aucun orque raisonnable n'aimerait attirer sur sa tribu le mauvais oeil...

Bref, il serait sans doute mort si des troubadours de passage n'avait pas trouvé cette misérable créature agonisante. En plus de porter la poisse, l'albinisme rend très sensible au soleil et quand on est abandonné dans un désert, ça fait des dégats... Mais les troubadours trouvèrent Guntrak amusant, avec sa peau blanche rougie de coups de soleil. Ils lui écrasèrent une tomate trop mûre sur le nez et trouvèrent qu'il ferait un très bon clown.

Exhibé de ville en ville pour une poignée de piècettes, ainsi était né Guntrak, le bouffon orque, objet de moquerie pour les humains... Au fil des spectacles, il recevait en plein visage des tartes à la crème, il marchait sur des rateaux qui lui aplatissaient le museau, il servait de cible au lanceur de couteau ( heureusement que les orques sont de solide constitution ) et nettoyait les déjections des autres bètes du cirque... Une nuit, il en eut assez de cette vie humiliante et il s'enfuit, tentant de réintégrer une tribu orque. Il fut accueilli comme il se doit, à coups de pierres et voulut se défendre, jetant une pierre sur l'orque le plus imposant du groupe. Celui ci, furieux, se mit à courir vers Guntrak mais fut arrété par un grondement qui déchira le silence, juste avant que la foudre ne s'abbatte sur lui, carbonisant les muscles prohéminents du monstre. Incrédules, les orques regardèrent celui qui avait terrassé leur chef, et s'agenouillèrent, tremblant et suppliant qu'il ne les foudroie pas à leur tour. Guntrak les fixa de ses yeux roses, leur cracha dessus et leur tendit ses orteils, que tous embrassèrent en signe de soumission. Il était désormais chef de tribu...

A chaque fois qu'un Orque contestait son autorité, il regardait le ciel et pointait du doigt l'inconscient en prononçant: "Krak-Boom!".

Et les soirs d'orages, il se tient en pleine tempète, les bras levés vers les cieux, le corps arborant des tatouages en forme d'éclair, prononçant des mots incompréhensibles à chaque fois que le tonnerre éclate. Plus aucun orque ne doute de son pouvoir; plus aucun orque ne remet son autorité en question; il est Gruntak, le Fils de l'Orage, capable de commander la mort venu du ciel...

Enfin la vie lui sourit... Mais combien de temps tiendra cette supercherie? Il ne semble pourtant pas inquiet. Après tout, rares sont les Orques à réfléchir...


Contes et légendes d'Océania: L'ile des esclaves

Sur Océania, parmi les esclaves, il existe une légende qui perdure depuis déjà bien longtemps - aussi longtemps que l'existence de l'esclavagisme lui-même. Il faut dire que ces malheureux n'ont qu'un seul rêve, un seul espoir : la liberté.

Le soir venu, autour d'un frêle foyer et d'une maigre pitance, les plus anciens racontent - sûrement pour réconforter les plus jeunes - la légende que voici. C'est une tradition que de transmettre ce message d'espérance aux nouveaux venus.

L'Ile aux Esclaves est une île paradisiaque où l'on se sent bien, libéré et heureux. Le seul moyen connu pour s'y rendre est de faire l'unique voyage vers la mort après une existence laborieuse et croyante. Le suicide barre l'accès à cet endroit. En effet, les désespérés ne peuvent embarquer sur le navire de non-retour qui démarre sur des pontons et des embarcadères secrets et mystérieux. Les esclaves affranchis dit-on devinent parfois en transe ou en rêves le chemin pour y accéder mais une fois là-bas, on ne les revoit plus. Ils quittent soudainement leurs amis, maisons,... pour ne plus jamais revenir. Ont-ils trouvé ? Sont-ils morts en cours de route ?

Cette île n'est connue de personne et elle ne figure sur aucune carte maritime ou portulan. Les marins et navigateurs rient et se moquent de cette croyance. D'ailleurs qu'y aurait-il de glorieux et d'aventureux de retrouver une île remplie d'anciens esclaves libérés par leur propre mort ?

Mais cette légende n'est pas près de finir et de s'oublier, malheureusement, tant qu'il subsistera des esclavagistes.

Les mauvaises langues diront que cette légende aurait été véhiculée par les esclavagistes eux-mêmes pour donner plus de coeur à l'ouvrage aux esclaves et combattre les suicides fréquents - énormes pertes financières pour leurs maîtres et acheteurs. En plus, des esclaves qui se donnent la mort, ça donne mauvaise réputation à son maître qu'on estimera trop cruel et à l'esclavagiste qui fournit des lavettes...

De là à penser que ce conte et légende n'est que la matérialisation d'un espoir utopique... une échappatoire, un moyen de s'évader dans l'imaginaire, nous n'en sommes certainement pas très loin... Mais qu'importe les esclaves y croient dur comme fer, comme celui de leurs chaînes et entraves, c'est dire. Et ne dit-on pas que "l'espoir fait (sur)vivre" ?

Des érudits donnent quant à eux beaucoup plus d'existence et de crédits à la version suivante. Pour eux, l'Ile des Esclaves n'est rien d'autre que la terre des vikings où ils font travailler durement et cruellement tous les hommes du village de Taernal qu'ils ont déportés depuis bien longtemps. Ces pauvres hommes y sont maintenus en esclavage afin de faire pousser des récoltes abondantes et généreuses pour espérer revoir leurs épouses et enfants et surtout leur éviter de finir dans la Fosse... dans l'écuelle de l'un de ces cannibales de vikings.

Certains parfois se lamentent et espèrent eux aussi la venue d'un sauveur, d'un messie, d'un Kahn comme disent les orques. "Ah si seulement, nous étions orques, Orenok le Kahn viendrait nous délivrer et nous sortir des griffes de nos maîtres et de notre misérable existence...".


Contes et légendes d'Océania: L'Orphelinat

Voici la nature des orphelinats que tout le monde pense, ou veut connaître :

Un orphelin est une personne qui a perdu ses parents souvent causé par la mort, disparition, abandon, désertion ou séparation. La plupart des enfants orphelins sont placés dans une structure d'adoption, qui les soignes, éduques généralement puis les aides à être adoptés par une famille permanente aussitôt que possible. Dans le passé et encore malheureusement, dans une grande partie d'Océania, les orphelins vivent souvent sans habitat, ils deviennent les "gamins des rues", des errants, ou, sont entretenus dans des hospices, des orphelinats, ou de temps en temps dans des monastères. La plupart des individus "modernes" estiment que c'est une erreur de mettre des enfants dans de telles structures, ou les mineurs reçoivent des soins au mieux insuffisants, au pire dangereux. En particulier, dans les hospices où les enfants sont souvent mélangés avec des adultes sans foyer ou des malades, ou pire, gravement atteints mentalement (parfois dangereux) qui ne sont absolument pas traités. Pour les plus faibles de nos orphelins c'est la mort assurée. Pour les plus forts, soit ils sont chanceux et trouvent une famille d'accueil ou deviennent de véritables moines s'ils ont la chance d'être élevés dans un monastère par exemple, soit trop âgés pour rester dans l'hospice, il se voit rejeté à la rue tel un malpropre, des biens de consommation que personne n'a voulu acheter, et que l'on jette aux ordures. Ils deviennent alors d’infâmes malandrins et donc de graves soucis pour les autorités.

Mais tout ceci cache en réalité une machination hors du commun, une atrocité que peu de gens soupçonnent d’exister ou préfèrent ignorer pour ainsi « nettoyer » leurs consciences. Lug le sombre possède une guilde, "l'Orphelinat" qu’il a créé en partenariat avec sa sœur Lilith.

Nombre de titans disposent d’une légion d’adorateurs et peuvent se nourrir aussi bien le jour que la nuit. Lug, lui, ne possède que très peu d’adorateurs et doit attendre la nuit pour se nourrir. Ceci fait de lui l’un des titans les plus faibles. Pour cette raison, le sombre décida de créer cette guilde « l’Orphelinat », mais très vite, il s'aperçut de son fort potentiel beaucoup plus avantageux

Le but des partisans de cette "confrérie" est simple, observer le monde qui les entoure à la recherche de "potentiel" auprès des plus jeunes enfants et les arracher à leurs parents. Les enfants sont alors mis dans un centre "d'adoption" qui en vérité n'offre aucune chance à l'enfant d'être recueilli, car, il s'agit avant tout d'un camps de rééducation, où les enfants sont éduqués pour être de valeureux guerriers et de grands érudits. A leur puberté, ils sont testés puis sont divisés en trois groupes, les potentiels jugés forts rejoindront l'Orphelinat pour y recevoir une éducation physique et militaire et apprendront aussi l'art du camouflage, ils formeront la plus grosse partie de l’armée de Lug et se feront connaître durant toute leur éducation sous le nom de «loups noirs». Llith elle-même les entraîne à supporter les pires tortures, se nourrissant au passage de la douleur ressentie par ses élèves.

Les enfants jugés mentalement puissants, rejoindront alors l'un des monastères de Lug afin de devenir des « loups blancs » aux aptitudes physiques et mentales très développées. En plus d’apprendre l’art d’assassiner des « loups noirs », on leur enseigne l’art de changer d’identité, en se déguisant en femme, en homme ou encore en leur montrant comment modifier le timbre de leurs voix. Alors que les loups noirs n'agissent que de nuit, les loups blancs, eux, agissent surtout de jour, faisant le plus de prisonniers possible afin que la nuit venue Lug puisse se rassasier. En ce point réside leur talon d’achile puisqu'autour d’eux, des gens disparaissent tous les jours. Quant au troisième groupe, les potentiels qui auraient échoué à tous les tests, eux sont renvoyés dans des "hospices" où ils ont encore une chance de se rattraper et de prouver leur valeur. S'ils survivent à la vie dans ses camps de concentration, ils sont alors mis à la porte, tout de même jugés "dignes de vivre". Ces derniers pourront alors devenir des tortionnaires accomplis ou des assassins à condition de prouver leurs allégeance à l'un des Titans de leurs choix, ou tenter de rejoindre les rangs des fondateurs Malheureusement pour ceux qui ont choisi cette dernière option, les loups veillent toujours sur la meute et s'assurent que personne ne trahisse l'Orphelinat.

Dans les deux camps (orphelinat et monastère), l'éducation est similaire: on y apprend à se battre, à développer son corps et son esprit afin d'y recevoir "la Marque de l’Ombre" lors de la cérémonie d'intronisation, qui consiste alors à offrir son corps et son âme à Lug et à Lilith. Ce rite sacré est le plus grand privilège que les membres de l'Orphelinat peuvent offrir à leurs maîtres. Lors de cette cérémonie, L'initié doit boire l'essence maudite des titans pour sceller à jamais son destin à ceux de ses maîtres, son corps se crispera alors dans d’atroces douleurs durant deux jours et son âme se verra alors disloquée, ne formant plus qu’un avec la nuit et les ombres. Son esprit sera noirci par des visions de cauchemars ininterrompus offrant ainsi l’ultime épreuve. Pour les plus faibles, c'est la mort assurée; mais pour les plus fort passant avec succès ce baptème du feu, c'est une récompense sans pareil qui les attend.

Une fois unifié à ses maîtres, le loup cesse d’être un loup et devient alors un « ninja»accompli, un guerrier de l’ombre. Les orphelins ayant eu une éducation de « loup blanc » se verront envoyés en habit civil et en plein jour, comme « recruteurs » tuant des pères ou des mères de famille et volant des enfants. Certains même se voient promus à de hauts rangs dans les légions des fondateurs, tels que des magistrats, des prospecteurs, des éducateurs (pervertissant les enfants tentant de leur faire rejoindre les rangs des titans). Les « loups noirs » de l'Orphelinat reçoivent quant à eux une combinaison spéciale : un pantalon, des chaussons, une veste et une cagoule de ton foncé afin de se dissimuler la nuit, où qu'ils aillent. Ils sont alors utilisés comme guetteurs ou alors comme assassins et utilisent des armes fortes étranges tel que des projectiles de métal. De succroit, leurs lames sont à ce qu'il paraît enduites dans l'essence de Lug, et toute personne n'ayant pas suivie l'éducation de l'Orphelinat et se coupant avec une telle arme verra son corps se noircir comme du charbon, ne devenant qu’une ombre disparaissant au moindre contact avec la lumière.


Contes et légendes d'Océania: Les pierres de pouvoir

Nature du document: Rapport d’étude.
Objet concerné: Les « pierres de pouvoir »
Chercheurs concernés: Un historien (Alberrtus Clonoha), un alchimiste (Irvin Tiboh), un magicien (Carl Zark) et un druide (Pablo ramik).

Bonjour Günter, ô puissant chef des Mages du partage, nous avons fini notre étude concernant les pierres de pouvoir voici nos conclusions. Commençons par la nature de ses pierres.

D’un point de vue religieux, selon la genèse. Les fondateurs explosèrent en millier de poussières lors de la lute contre les titans, nous offrant la vie. D’un point de vue scientifique je pense que c’est fort probable je dirai même qu’une grande partie de cette essence divine a disparu fort loin dans le ciel. Le temps passant, cette poussière s’est amalgamée pour former des pierres appelées « METEORITE » et par moment, ces roches devenues trop lourdes retombent sur nos terres chargées d’essence pure, provenant de nos maîtres fondateurs.

A quoi peut bien nous servir cette découverte ??

Notre Alchimiste pense que cette essence la est très différente de toutes celles que nous avons rencontré jusque là. Le pouvoir de ces pierres est si grand, si pur qu’il pourrait faire de celui qui le contrôlerait entièrement, rien de moins qu’un dieu ! Je cite : « Si cette essence là nous a donné la vie, si cette essence là a créé l’eau, le vent, l’air, la terre, les titans, celui qui contrôlerait ce pouvoir contrôlerait l’univers, il pourrait alors recréer l’univers ou le remodeler à son image ! »

Notre Magicien affirme que ces pierres ont le don de « PURIFICATION ». Nous avions fait un prisonnier titanide et nous l’avons mis en contact avec la pierre, la douleur a du être très intense pour lui, car il porta la main à son crâne avant de tomber raide mort...

Notre druide quant à lui a eu l’idée fort étrange de lécher la pierre. Pendant quelques secondes, il fut capable de faire voler ce même parchemin que tu es en train de lire en ce moment ! Il a eu également quelques visions dont celles de titanides en possession d’une de ces pierres tentant, tant bien que mal, de souiller la pureté de cette pierre. Apparemment porter un simple chapeau en laine suffit à contrecarrer ses effets nocif.

Ceci m’interpella, nous ne sommes donc pas les premiers à tenter de percer le mystère de ces pierres: étant historien j’ai fait quelques recherches et suis tombé sur un fait très intéressant au sujet d’un paladin qui aurait selon les légendes, réussi à blesser le titan Charon en personne. Les guerriers présents qui ont témoigné de ce fait prodigieux parlent tous de son arme qui s'est mise à luire au contact du titan et de son armée, d’un éclat égal au rayon du soleil et qui aurait détruit plus d’une dizaine de titanides sans même que le paladin ait besoin de les frapper. J’en conclus que certain forgerons tel que Marius Ironfist, son nom revient sans cesse, auraient réussi à forger des armes grâce à ces météorites.

Il existe d’ailleurs des dizaines d’artefacts comme Panatella, l’arme de ce fameux paladin. Selon certaines sources, cette arme orne la statue représentant ce même guerrier, et se situe à Fadez. Pour le savoir il suffirait d’y amener un titanide et de voir si, comme je le pense, la lame du paladin ce mettrait à luire ou non. Malheureusement ces pierres sont d’une extrême rareté et notre échantillon est très petit: notre alchimiste et notre mage l’ont d’ailleurs brisé en deux afin de l’étudier chacun de leur coté réduisant bien évidement la puissance de la météorite.

Ma conclusion: Certain de nos guerriers légendaires se ventent d’avoir terrassé des créatures immondes grâce à la seul force de leur croyance envers les fondateurs: crois moi Günter quand on a une telle arme en sa possession… la foi n'a rien à voir là dedans !


Albertus Clonoha historien des Mages du partage.


Contes et légendes d'Océania: Branches, mythe ou réalité ?

Il est de ces merveilles que peu d'heureux peuvent se vanter d'avoir vu, et Branches est l'une d'entre elles... Il y'a maintenant une vingtaine d'années, votre humble serviteur a reçu du Bourgmestre de Wanre la lourde mission de dresser une carte des environs, et m'a envoyé errer au Sud, dans ces bois denses qu'évitent les superstitieux... Avec le recul, je crois qu'il cherchait simplement à m'éloigner de sa femme. Le fol, il est mort de la Fièvre verte deux ans après... et j'ai consolé la veuve, quoi de plus normal? Mais je crois que je m'égare un peu là...

Donc, oui, nous en étions à la fameuse mission d'exploration des bois... Plus le voyage avançait, plus je sentais que mes hommes remettaient mon autorité en cause... Il est vrai, je dois bien l'admettre que j'avais mal estimé la quantité de vivres dont nous aurions besoin. Mais j'étais tout de mème le chef de cette expedition, et je me devais de me montrer intransigeant et de punir leurs idées de rebellion... En ont résultés une fracture du bras droit, un genou retourné et deux dents cassées... Puis mes hommes m'ont abandonné là, blessé et sans vivres, à la merci des bètes sauvages... La douleur qui irradiait dans ton mon corps finit par me rendre inconscient...

Combien de temps restais-je ainsi, je ne le sus jamais... Mais à mon réveil, je vis que j'avais été transporté dans un hamac, que ma jambe avait été rafistolé par quelque rebouteux et que mon bras avait été plâtré dans un mélange de boues et de feuilles séchées... La situation aurait été plutôt agréable, si ce hamac n'avait pas été perché à une cinquantaine de mètres du sol! C'est alors que j'en vis un... Un de ces ètres qu'on nomme Marche-Branche...

Il est facile de les traiter d'animaux stupides, tant qu'on n'a pas vécu parmi eux... Moi mème, en les découvrant alors, je n'y voyais que de grands singes primitifs. Leur ville n'était qu'un amoncellement de cordes, de hamacs, de ponts de singes, de troncs creux,... Ils ne semblaient rien connaître de la civilisation... Je ne compris que plus tard qu'ils n'en avaient pas besoin: Ces êtres extraordinaires étaient les rois dans ces branches, et n'avaient besoin de rien d'autres que cet habitat simpliste...

Pourquoi construire une ferme, quand les arbres avec leurs fruits assurent votre survie? A quoi bon un toit quand les feuilles vous protègent du froid et de la pluie? Tant de concepts que j'ai appris au cours de ces six mois de convalescence parmi eux, dont deux semaines à vomir mes tripes, la faute au vertige qui m'affligeait alors de maux de ventres et d'épouvantables migraines...

Tout était d'une simplicité incroyable pour les membres de cette tribu: Ils résolvaient leurs problèmes en évitant toute violence inutile. Un jour, je crus assister à une querelle, deux des Grands Pieds, tel était le nom de cette tribu, assez agés, s'insultaient devant des enfants... Il s'agissait en fait d'un conte où ils imitaient les humains... Quelle ironie, nous qui voyons en ces êtres des créatures plus proches de la bête que de l'homme, ils nous voient comme une espèce vulgaire au langage ordurier... J'espère leur avoir montré une bonne image de nous... Hélas! Toutes les bonnes choses ont une fin, et après ces six mois de bonheur, la "civilisation" et surtout, la maîtresse qui m'y attendait, eurent raison de mon engouement pour cette société hors du commun... Je fis mes Adieux à Skunkape, le chef de ce village de branches, tout simplement nommé Branches par ses habitants... Je pensais y retourner un jour, mais cela ne se peut... Seuls ceux qui y sont nés peuvent retrouver cette ville, en raison d'enchantements ancestraux aux pieds des arbres qui en sont les fondations...

Je sais que vous ne me croyez pas. Je ne suis qu'un vieux gâteux édenté et égaré par des années de solitude...
Peut-ètre...
Peut-ètre n'ai je que rêver...
Mais si tout cela n'était qu'un rève, alors pourquoi écouter mon récit?
Quoiqu'il en soit, mon dernier souhait serait de retourner une dernière fois à Branches, et d'y mourir en admirant un coucher de soleil sur la canopée...


Arwan, ancien explorateur reconverti en magicologie...


Contes et légendes d'Océania: La chute des Saâmes, ou comment les Vandales naquirent des flammes d'Avgavaï

Une ancienne légende, mille et mille fois contée, affirme qu'il fut un âge où les neiges du nord d'Océania servaient d'écrin à une civilisation aujourd'hui disparue. En effet, sous la voûte protectrice d'une calotte glaciaire monstrueuse s'étendaient à perte de vue champs verdoyants et prairies fertiles, plus loin, bien plus loin que l'oeil ne pouvait le voir. Et c'est là, dans la lumière irisée d'un ciel qui jamais ne fut libre, que florissait et prospérait le peuple Saâme.

"Comment cela fut-il possible ?" n'est pas la question, et "pourquoi" serait chose futile ; car à chacune de ces interrogation, une seule réponse possible : les Fondateurs l'avaient voulu ainsi. Là-bas, loin au Nord de toutes choses, les Dieux bienveillants avaient dispensés leurs bienfaits sur ce peuple caché. En effet, au lendemain de la dernière Bataille qui les opposèrent aux Titans, c'est sur cet endroit que se posa le regard affaibli des Fondateurs, sur ce dernier lieu terrestre à n'avoir pas été corrompu par le déluge de haine et de furie que le Combat formidable avait fait pleuvoir sur la Terre. Et ils voulurent préserver cette innocence, en offrant à un petit groupe de pré-humains la chance de peupler ce lieu caché et d'y fonder ce qui deviendrait la civilisation Saâme.

Oui, je vous parle d'un temps où les pères des pères de nos pères n'avaient pas encore poussé leur premier vagissement, pas davantage leurs pères eux-mêmes. Un temps où la guerre entre les Dieux et les Titans n'avait pas encore éteint ses derniers brasiers, bien qu'elle fut officiellement terminée depuis plusieurs siècles. En somme, un temps bien lointain... Mais la parole des Hommes en garde vivante et claire la mémoire, une mémoire dont la vérité renait, toujours intacte, à chaque veillée et dans les yeux brillants de foi des enfants.

Car jamais, jamais, ne doit se perdre ou se ternir le souvenir de la Chute des Saâmes...

Or donc en ce temps-là, ces peuplades cachées du Nord vivaient dans un bonheur si parfait que notre époque troublée peine à le concevoir. Ces enfants chéris des Fondateurs ne connaissaient ni la peine ni l'effort : à portée de leur main, les fruits les plus succulents et les blés dorés étendaient leur manne glorieuse, bannissant de par leur simple présence l'idée de la traque et de la mort de créatures terrestres. Jamais, de mémoire de conteur, le sang n'avait souillé cette terre d'opulence où bêtes et Hommes vivaient sans se craindre. Jamais l'âpre maladie n'avait étendu ses ailes sombres sur ces peuples des premiers âges, puisqu'ils avaient reçu en partage la connaissance des plantes qui guérissent le corps et l'âme. Et la vie étirait ainsi son flot tranquille, parmi ces Hommes à qui avait été offert l'Eden sur la Terre.

Mais las, jamais le bonheur absolu n'a donné aux humains la sagesse, moins encore l'humilité... Certes, les Saâmes révéraient les Fondateurs ; mais peu à peu, leur foi se changeait en arrogance... A travers le nom de leurs divinités, c'était l'image de sa propre grandeur que louait ce peuple inconscient. En cet endroit où la marque du pouvoir divin se lisait partout où on posait le regard, les Saâmes célébraient leur propre élévation en des offrandes que ne sertissait nulle soumission. Et leurs fêtes, par trop grandioses, n'honoraient pas tant les Fondateurs que leur propre puissance. Car de quel amour pour leurs dieux peuvent bien être capables ceux qui n'ont rien à désirer ? Comment chérir pour elle-même leur invisible et muette présence, quand nulle espérance d'une vie meilleure n'allume sa flamme fragile dans le coeur des êtres ? Oui, ces terres épargnées par le malheur, ces terres à qui la colère des dieux était inconnue, avaient perdu la conscience de leur chance ; et ainsi, le respect de ceux qui leur avaient offert la perfection faite monde...

Comment les en blâmer ? La culture des Saâmes était aussi vaste que le ciel, leur science aussi profonde que les mers, leurs arts aussi fertiles que la terre douce. Rien ne pouvait surpasser la sagesse de cette civilisation préservée, à l'apogée de sa grandeur. Rien, sinon la puissance de l'autre monde.

Et cela, les Saâmes l'avaient oublié...

Les mots, propres à évoquer les avanies de l'humanité, sont vains pourtant à dépeindre l'amertume et la douleur de ceux qui gouvernent à son existence. Trahis une fois de plus, les Fondateurs détournèrent leur regard des terres gelées du Nord et du trésor qu'elles dissimulaient en leur sein. Certains affirment que l'hérésie croissante des Saâmes n'en fut pas la seule raison, et que l'abandon dont ils souffrirent alors n'avait pour cause que le retrait des dieux, grandement affaiblis, de toutes les affaires terrestres. Difficile de décider laquelle des deux versions est la plus exacte, ou même dans quelle mesure toutes deux s'entremêlent sans doute pour donner naissance à une vérité plus complexe.

Ce qui ne peut être mis en doute en est la conséquence : en moins d'une génération, ce peuple fut annihilé en un chaos sanglant.

Car il est un regard qui jamais ne s'était détourné des Saâmes, un regard pervers, qui mesurait avec une attention prédatrice combien il serait facile de contrôler ces étendues glacées, et d'en faire l'arme qui détruirait l'humanité... Ce regard était celui d'Avgavaï. Avgavaï l'Ailé, père des Flammes, enfant de l'Air, Titan indompté et agent insoumis du Chaos. Avgavaï qui, une fois la Guerre finie et ses pouvoirs grandement diminués, refusa de se réfugier dans les entrailles du monde et préféra poursuivre son oeuvre destructrice à la surface même d'Océania. Avgavaï qui vit dans les neiges du Nord le potentiel d'une vague gigantesque qui submergerait Océania et noierait dans les flots ravageurs tout ce qui subsistait du pouvoir des Fondateurs.

Ainsi, quand il vit que l'influence des Dieux sur les Terres Glacées s'était amoindrie, Avgavaï prit son envol et fondit tel un souffle de malheur sur ce lieu d'innocence préservée...

Bien des Saâmes moururent quand, sous l'aura néfaste du Titan, les premières neiges fondirent, abattant sur ce monde le poids de son ciel glacé, effaçant en quelques lunes ce que tant de siècles avaient construit. Davantage encore ne surent pas survivre à la rudesse extrême du monde du dehors : au froid, à la faim, qui leur étaient jusqu'à lors inconnus ; aux prédateurs faméliques qui répandirent leur sang sur la blancheur gelée. Ils étaient comme des enfants, affolés, meurtris, incapables de comprendre pourquoi ce monde qui était le leur tombait en ruines sous leurs pas. Et les yeux immenses et fixes de leurs cadavres raidis reflétaient tout le vide de ce ciel trop vaste, trop froid, impitoyable...

Mais le pire était encore à venir. Car bientôt, les forces d'Avgavaï, déjà durement éprouvées par la bataille à peine achevée contre les Fondateurs, commencèrent à décroître ; et les glaces, lentement, regagnèrent du terrain sur le domaine brûlant du Titan. Alors celui-ci comprit qu'il avait besoin d'alliés pour soumettre pleinement cette terre en laquelle tout lui résistait. Et ce qui aurait pu marquer pour les Saâmes une aube nouvelle et plus clémente fut en réalité une pierre de plus apportée au tertre de leur chute... Car Avgavaï fit appel aux plus terrifiants de ses alliés ; il en appela aux Géants, enfants monstrueux du Titan Naardwak, les plus frustres peut-être d'entre les Titanides. Et les Géants répondirent à son appel...

Ces créatures devaient certes être d'une rare bêtise pour ne pas comprendre que l'apogée d'Avgavaï marquerait pour elles l'anéantissement de leur royaume neigeux dans un creuset de lave en fusion. Mais leur incroyable soif de destruction, doublée d'une haine absolue envers l'humanité, en faisaient les armes idéales pour arracher à ce territoire ce qu'il lui restait d'âme. Or une partie de celle-ci résidait dans les rares survivants Saâmes, grelottants et se terrant dans les cavernes glacées. En effet, ces pauvres êtres déchus étaient nés de la volonté des Fondateurs ; quelle que put être leur faiblesse actuelle, ils restaient donc les dépositaires d'un antique pouvoir et de ce fait... le seul espoir des terres glacées. Tant que tous ne seraient pas morts, tant qu'une dernière étincelle de vie subsisterait en l'un d'entre eux, nul ne contrôlerait les neiges du Nord.

Et cela, Avgavaï le savait bien...

Bernés par les promesses de domination du Titan, les êtres gigantesques descendirent des sommets où ils se tenaient à l'écart des Hommes et fondirent sur le pays des Glaces, en une monstrueuse lie dévastatrice. Animés par une volonté plus forte que la leur, ils traquèrent et exterminèrent méthodiquement le peuple Saâme. Et une fois de plus, le sang coula, pourpre, sur la neige et la peau bleu pâle des Géants...

Ce fut une ère de ténèbres qui s'abattit sur le pays Blanc. Car avec les Géants marchaient le froid et la nuit, le blizzard et les loups, la désolation et la destruction. Un à un, les Saâmes vaincus fermèrent les yeux sur une vie qu'ils ne désiraient plus. Un à un, ils se laissèrent assassiner par les Géants, leur volonté de survivre noyée une gangue de désespérance. Et le pouvoir d'Avgavaï croissait lentement, tandis que disparaissait ce peuple qui avait été aimé des Dieux...

Pourtant, tous ne cédèrent pas au désespoir qui corrompait peu à peu les Saâmes : un petit groupe de survivants se jeta dans la bataille pour sa survie. Etaient-ils plus forts -ou plus fous- que les autres ? Etaient-ils animés par la volonté des Fondateurs, horrifiés du souffle de destruction répandu par Avgavaï ? Etait-ce le destin ou simplement la force de l'âme humaine ? Nul ne pourra jamais en juger avec certitude. Toujours est-il que ces combattants de la vie résistèrent plus longtemps que leurs frères, galvanisés par les chants et la volonté de fer de leur meneuse, une femme nommée Shiya. D'elle, on ne sait que peu de choses, sinon qu'elle était sans doute de sang princier et qu'elle et sa fillette âgée de sept années insufflaient au petit groupe la foi en un avenir meilleur qui les portait en avant et donnait un sens à leur fuite incessante de grotte en grotte, d'abri en abri.

Mais cette lutte semblait être vaine, et les survivants étaient chaque fois repoussés plus loin dans les terres gelées par le harcèlement méthodique et cruel des Géants... C'est ainsi qu'au terme d'une fuite longue et éreintante, les rares rescapés se trouvèrent à bout de forces. Devant eux s'étendaient les steppes gelées où nul abri ne pouvait exister ; et derrière, le pas sourd des Titanides se faisait déjà entendre. Un à un, les compagnons de Shiya tombèrent ; morts pour certains, anéantis par le froid et le découragement pour la plupart. La mère, et l'enfant qu'elle portait dans ses bras, restèrent seules dans le blizzard qui leur écorchait la peau et les aveuglait. Déjà, la torpeur glaciale de la mort s'emparait de Shiya, ralentissant ses mouvements, insufflant dans son esprit une langueur si tentante...

Alors la Saâme, en un dernier sursaut de volonté, arqua son corps vers le ciel blanc et vide et jeta toutes les forces de son âme rebelle en une dernière prière aux dieux Fondateurs. Ce qu'elle leur cria alors ne franchit jamais ses lèvres bleuies. Si elle hurla silencieusement son incompréhension quant à la faute qui leur valait pareil châtiment, si elle en appela à l'amour de ceux qui l'avaient créée, si elle implora la vie pour son enfant innocente, on ne peut que le supposer.

Mais Shiya fut entendue.

Une à une, d'étranges créatures fantomatiques émergèrent du blizzard et firent cercle autour d'elle. Ils avançaient comme dans un rêve, se mouvant silencieusement, avec grâce et puissance. Jamais Shiya, éperdue d'admiration, n'avait vu pareils êtres que ces quadrupèdes aux longues jambes fines, dont la crinière couleur d'albâtre flottait au vent. Alors, comme obéissant à un signal, l'une des créatures s'avança et pencha vers elle son long cou. Elle avait des yeux immenses, dans la douceur sombre desquels la jeune femme puisa un peu de réconfort. En un geste ultime, Shiya tendit vers elle son enfant, l'arrachant à l'abri précaire de sa chaleur. Les naseaux veloutés de l'être mystérieux effleurèrent le front la fillette à demi morte de froid. Et soudain les yeux de l'enfant se rouvrirent, emplis d'un calme et d'une sérénité impossibles. Le regard qu'elle échangea avec la créature qui lui faisait face fut long et chargé des mystères d'une reconnaissance absolue. Alors la bête s'agenouilla et la fillette, comme hypnotisée, quitta les bras de sa mère pour monter sur son dos. Une à une, les créatures fantomatiques s'enfoncèrent dans le blizzard, emportant avec elles leur précieux fardeau. Un sourire flottant sur ses lèvres bleuies, Shiya s'effondra au sol, morte, alors que les Géants arrivaient près d'elle.

En cet instant où périssait la dernière Saâme, les Fondateurs offraient le cheval à la première des Vandales. Ou peut-être serait-il plus juste de dire que les deux races se donnaient l'une à l'autre, tant sont proches les âmes des Vandales et de leurs montures...

Ainsi, tandis que la glace se désagrégeait autour d'eux en un terrifiant spectacle d'Apocalypse, l'enfant et sa harde fantomatique fuirent sans retour le pays des Neiges. Et ce ne fut que quand ils atteignirent enfin la terre ferme des steppes qu'ils se retournèrent et virent s'effondrer derrière eux la gangue gelée qui recouvrait jusqu'à lors la mer du Nord. C'est ainsi que fut créé le détroit séparant à jamais le continent Blanc de celui d'Orlattis. On raconte que quelques géants survécurent à la débâcle en se réfugiant plus loin encore au Nord du pays des Glaces et y fondèrent à nouveau des tribus, mais nombre d'entre eux moururent en ce jour où s'étendait le pouvoir du Titan. Un pouvoir qui aurait dû être sans limites...

Mais il ne le fut pas. Avgavaï fut repoussé par les hordes de créatures plus faibles que lui, créatures mutantes dirigées par l'esprit des Fondateurs. Les Géants qu'il avait trahis ne virent pas à son aide. Et on raconte que le Titan vaincu se demande encore pourquoi, alors que la dernière Saâme avait péri, l'âme des Glaces ne tomba jamais...

La petite, qui avait pris le nom de Saâ en mémoire de ses ancêtres, fut élevée par la harde blanche dans les steppes s'étendant au nord de la ville qu'on appelle aujourd'hui Toundra. Elle grandit en force et en beauté, devenant une cavalière insurpassable et une combattante aussi aguerrie que les Saâmes avaient été pacifiques et doux. Et à l'âge de vingt ans, elle retourna aux Hommes et s'unit à un Nomade des steppes. Leurs deux sangs mêlés donnèrent naissance au peuple Vandale.

De Saâ, leur mère à tous, les Vandales tiennent cette chevelure d'un blond presque blanc et ces yeux si pâles qui portent encore la marque des neiges. Mais ils ont aussi en eux la force de ce sang uni aux chevaux par des liens ancestraux, tout comme ils sont encore porteurs de l'étincelle Saâme dont la survivance têtue, autant que les Fondateurs, vainquit Avgavaï. Rebelles par essence, les Vandales sont de farouches guerriers et de remarquables pillards. Quant à leur allégeance envers les Fondateurs, elle est teintée d'une méfiance atavique, issue de la mémoire de ce qu'ils appellent l'Abandon. Ainsi, il arrive parfois que certains Vandales choisissent de servir les Titans, par rébellion envers ceux qui les privèrent jadis de leur Eden sous les glaces.

Pourtant, il n'en reste pas moins que le peuple Vandale a en lui la force ancienne des Saâmes, une force qui s'opposa sans même en avoir conscience à l'un des plus puissants Titans. Dès lors, qui sait ce que pourrait découvrir un des Cavaliers en retournant sur les terres gelées qui furent le berceau de ses ancêtres...

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